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Point de vue d'une conseillère conjugale :

La paix, béatitude du couple

(Gérer son agressivité / Artisan de paix / Se réconcilier)

 Comment apprendre à gérer son agressivité ?
Et à se réconcilier ?

Le désir de chacun quand il crée un couple, une famille, est bien de créer un lieu, un espace où règnent paix et harmonie. (...) Dans ce monde de méfiance, de peur, de combat, la famille constituerait le havre de paix où l'on peut s'épanouir. Mais que signifie un tel clivage et n'est-il pas illusoire ? Peut-on exercer à l'extérieur ses capacités agressives de défense vitale et garder pour sa famille, son couple, ses dons de patience et d'abnégation ?

En fait, dans l'élan amoureux, aucun conjoint ne croit qu'il lui faudra patience et abnégation pour maintenir parfois la paix entre eux et avec les enfants. C'est ce que me disait, dans son langage, un jeune couple: "On s'est mis ensemble parce qu'on était bien ensemble, tout était "cool" et puis ça a changé. Ça ne peut plus durer. Par moments on se déteste: on va s'écharper". Elle était loin d'eux l'idée que leurs mouvements agressifs n'étaient pas supprimés par la magie de leur amour, c'est-à-dire de leurs immenses et réciproques attentes affectives, mais qu'au contraire ils pouvaient être exacerbés par les frustrations, les déceptions de ces attentes. N'est-ce pas de l'amour déçu, bafoué que peut naître la haine la plus intense qui s'enracine dans une douleur intolérable ?

 Etre artisan de paix

Alors, comment être artisan de cette paix désirée dans son couple, sa famille ? Comment apprendre à gérer ses inévitables, voire nécessaires mouvements agressifs pour ne pas blesser, ni détruire l'autre ? Comment utiliser à des fins pacifiques cette formidable énergie ? D'abord ce constat: la gestion de notre agressivité commence dès notre naissance ou presque. C'est au sein de la famille que se fait cette éducation de la violence naturelle et le couple qui se forme, en récolte les fruits. Il a aussi mission de la continuer dans une entraide réciproque. Nous n'avons jamais tout à fait fini d'apprendre à supporter les frustrations sans en être détruits, à partager en renonçant à une possessivité qui tend à rendre l'autre esclave, à n'être, face à la souffrance, ni dans la révolte, ni dans la résignation. Notre vulnérabilité est parfois un peu mystérieuse: nous pouvons réagir violemment à des choses insignifiantes aux yeux des autres. Pour éviter de se blesser inconsciemment il est donc important, dans un couple, de comprendre mutuellement les seuils de vulnérabilité qui peuvent être très différents selon le tempérament et l'histoire de chacun. L'un peut essayer de neutraliser la violence immédiate de l'autre par des armes défensives qui ont un effet offensif à retardement. Le "c'est entendu, d'ailleurs tu as toujours raison" peut clore une dispute, mais laisse entendre que la conviction profonde ne suit pas. Le vrai conflit est esquivé. Pour d'autres, la peur de tout conflit est telle qu'ils sont prêts à tout pour l'éviter, à des renoncements et même à des reniements. Mais avoir la paix à tout prix ne permet pas, en fait, d'être en paix ni avec soi-même, ni avec l'autre.

J'entends cette femme déchirée par une révolte devenue incontrôlable me dire: "Je ne le supporte plus; il y a quinze ans que j'essaie constamment de tout faire pour que tout aille bien comme il veut&emdash;il ne s'en aperçoit même pas, c'est normal. Ses manies, ses habitudes, je m'y suis faite, mais maintenant c'est fini; je n'en peux plus, je n'ai qu'une envie, faire mes valises, mais, à cause des enfants, je ne peux pas. Que faire ?" Ces quinze années d'une vie conjugale qui a même pu paraître exemplaire à l'entourage, risquent de se terminer par un conflit brutal, si un désir de réconciliation ne permet pas à chacun de se retrouver en vérité face à l'autre. Et comment ce mari va-t-il supporter de voir cette nouvelle femme pleine de revendications surgir à la place d'une ancienne plus soumise ? Comment cette femme va-t-elle pouvoir dire ses désirs, les faire entendre, sans nier à son tour ceux de son conjoint ? Longue sera la route d'une telle réconciliation.

L'expression "ronger son frein" donne une bonne image des effets négatifs de cette attitude.

Nous avons en effet besoin de frein pour maîtriser l'immédiateté de nos mouvements agressifs et nous donner le temps d'en discerner les raisons profondes. Mais utiliser notre énergie à refouler nos mécontements, nos différends par peur du conflit use à notre insu ce frein nécessaire qui peut alors céder brusquement et nous précipiter dans un conflit très difficile à gérer: difficile parce que nous n'avons justement pas appris à entrer dans les discussions des affrontements et trouver à partir de là une solution satisfaisante ou, au moins, qui reconnaisse le point de vue de chacun; difficile parce que nous sommes alors particulièrement submergés par un raz de marée agressif qui risque de détruire tout sur son passage... Aussi pour que puisse durer l'harmonie de la vie conjugale et familiale est-il nécessaire d'apprendre à discerner nos différends, à aborder ce qui fait mal au fur et à mesure, sans trop douter de la capacité de l'autre à nous aimer tout entier. Ainsi nous approfondissons nos liens, nous les solidifions: première forme de réconciliation que la famille...

 

 Se réconcilier

Mais qu'est-ce que "se réconcilier" ?

Se réconcilier, c'est ne pas se résigner à l'échec d'une relation par incompréhension, par découragement; c'est retrouver des liens anciens importants, mais que de multiples petites blessures avaient étirés, distendus et abîmés ou bien que les alluvions des habitudes avaient recouverts. Cela demande de l'énergie.

Cela demande aussi une forte conviction en la pérennité de la relation. Il s'agit de découvrir de nouveaux liens révélés par une meilleure connaissance l'un de l'autre. Ceux-ci se substitueront à ceux plus ou moins rêvés, qui se sont un peu évanouis dans la réalité quotidienne.

Etre réconciliés en vérité, c'est donc être plus réellement liés; c'est parfaire son alliance. D'où un profond sentiment de paix et de sécurité.

Mais les voies de la réconciliation sont parfois bien paradoxales (...).

En effet, c'est faire confiance. C'est une attitude paradoxale: faire encore confiance à celui qui vient de trahir, ou du moins que l'on a ressenti trahissant cette confiance. C'est pouvoir dire à l'autre ce qui en lui vous a blessé, sans l'en accuser, c'est-à-dire en allant jusqu'à comprendre pourquoi il s'est comporté envers vous de façon blessante. C'est pouvoir dire à l'autre sa blessure, dans l'espoir qu'il puisse la guérir, mais en acceptant d'avance qu'il ne le veuille pas ou ne le sache pas. C'est pouvoir "tendre l'autre joue". Cette attitude extrême souvent ridiculisée n'a rien d'un masochisme doloriste. En tendant l'autre joue, ce qui est désiré, ce n'est pas un autre soufflet, mais le baiser réparateur. Ce geste, loin d'être une provocation à une nouvelle agression, est le signe d'un désir total de réconciliation. Pour autant, il n'est jamais garanti de succès, puisque le refus de l'autre le réduit à l'impuissance. Ainsi de longs tunnels d'impossible réconciliation peuvent-ils s'installer dans nos vies, où l'espérance seule nourrit l'attente: cette attente exemplaire du Père pour le fils prodigue.

Il était encore loin que son Père l'aperçut et, touché de compassion, courut se jeter à son cou. "

Cette phrase (issue de la Bible, Luc 15, NDLR) nous décrit toutes les attitudes intérieures et extérieures qu'inspire l'espoir d'une réconciliation: attendre en guettant le moindre signe du désir de l'autre, et l'accueillir en allant au-devant de lui pour faciliter les retrouvailles. Car elle est lourde aussi à porter, la culpabilité de n'avoir pas été à la hauteur de l'attente de celui dont l'amour compte tant. Pour n'être pas tenté de fuir, il peut avoir grand besoin d'être encouragé par l'accueil bienveillant que celui qu'il a offensé lui offre encore.

Mais ce père admirable est l'image de la miséricorde divine et non de la nôtre: notre faiblesse, notre fragilité humaine ne nous donnent guère d'aisance dans nos mouvements de réconciliation.

C'est pourquoi, dans les Béatitudes, le Christ nous rappelle des attitudes qui peuvent sembler surprenantes, mais qui nous aident à prendre le chemin de la vraie vie et du bonheur. Ces attitudes forment un tout et ne peuvent finalement pas se vivre séparément. Nous avons vu que, pour construire la paix, il faut être miséricordieux, que la miséricorde nécessite un cĻur doux et humble et que, pour avoir faim et soif de justice, il ne faut craindre ni la souffrance ni même les persécutions. C'est un appel pour tout humain. Ceux qui s'engagent dans le mariage chrétien sont donc appelés à faire de leur couple d'abord, et de leur famille ensuite, un lieu privilégié pour s'entr'aider à y répondre.

Morceaux choisis d'un article de D. Balmelle,
ancienne conseillère conjugale à l'AFCCC,
dans la revue

Reproduit avec l'autorisation de l'auteur...

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