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Point de vue d'une conseillère conjugale :

Le désir de l'autre.

rond Dans un couple, ne pas accueillir, ne pas susciter
le désir de l'autre, n'est-ce pas lui faire violence ?

Pourquoi sexualité et violence sont-elles souvent liées, alors que chacun aspire à une union totale et paisible avec l'élu ? Pourquoi cette harmonie des corps ne se crée-t-elle pas toujours naturellement quand un amour fort unit les conjoints ? Il ne suffit pas, en effet, à certains couples de s'aimer passionnément pour avoir une vie sexuelle épanouie; les difficultés sexuelles, qui sont souvent ressenties par l'un ou l'autre comme un manque d'amour, peuvent avoir bien d'autres causes. C'est bien ce qui fait violence, ce qui fait mal au couple, ce constat que leur amour est impuissant à rendre harmonieuses leurs relations intimes.

La relation sexuelle est la rencontre de l'autre dans sa radicale différence: elle implique que chacun soit suffisamment à l'aise dans sa propre sexualité pour accueillir celle de l'autre sans peur et sans renier la sienne. Etre heureux d'être ce que la nature nous a fait homme ou femme, gérer ses pulsions sexuelles sans en être submergé et/ou sans les refouler pour éviter de les reconnaître sont les risques d'une bonne intégration de sa sexualité. Cette intégration s'est construite en fonction de l'éducation, de l'histoire de chacun selon les rencontres possibles d'identification, elle n'est jamais tout à fait terminée ni parfaite; elle a ses cicatrices qui peuvent se réactiver sans devenir pour autant conscientes.

Toute rencontre sexuelle se fait dans le mystère: la femme ne peut que s'interroger sur ce qu'est la virilité, et pour l'homme, la féminité reste mystérieuse. Cette part étrangère, voire étrange de l'autre, en fait certes son attrait, mais en laissant planer une appréhension diffuse qui, dans certaines circonstances, peut se transformer en angoisse et susciter des mouvements de défense, voire d'agressivité.

Ainsi, qu'au cours de la vie d'un couple il y ait des difficultés d'entente sexuelle, des périodes où l'harmonisation laisse à désirer, n'est pas étonnant. Mais il est dangereux pour le couple de s'y résigner en le banalisant ou en le justifiant, car la vie sexuelle reste le moyen privilégié d'exprimer son amour et de confirmer par là l'identité sexuelle de son conjoint.

J'ai, certes, rencontré des femmes humiliées parce que, pour leur mari, elles ne se vivaient que comme un objet sexuel, mais aussi d'autres humiliées parce que leur mari ne les regardait plus : Il ne me voit plus. Suis-je encore une femme pour lui ? Je ne doute pas de son affection: il m'aime comme une soeur, une mère, mais j'ai besoin d'être aimée comme une femme. Il en va de même pour l'homme qui est blessé dans sa virilité si le regard de sa femme ne lui exprime plus de désir, s'il ne se sent plus jamais investi par elle du pouvoir de lui donner du plaisir.

Mais qui est donc cet être qui refuse d'être chosifié, et qui veut "se" donner, mais non pas être pris ? On peut en réaliser ici une approche subjective, par l'expérience.

Le langage permet une toute première expérience, celle de la réalité du moi: il me permet de découvrir qu'il y a "quelqu'un" qui "me" parle, et que je suis "quelqu'un" à qui l'on parle. Le langage me situe dans un monde de sujets, de personnes. Mais qui est ce "je", ce "quelqu'un" ? La personne, disait Mounier, est éprouvée, par elle-même et par autrui, comme "débordement": débordement de l'intelligence et de la création, et débordement de l'action. L'expérience que l'homme peut faire de s'autodéterminer renvoie à l'existence de la volonté et de la liberté du moi; comme signe d'une intériorité, elle manifeste que l'être humain est un sujet "personnel", et non pas seulement "individuel", qui se possède soi-même.

La capacité de l'engagement et du don de soi comme du refus ou de la révolte sous l'oppression, sont autant de signes de l'auto-possession de la personne. Enfin, prenant conscience qu'il vit dans son corps, l'être humain peut en dégager l'expérience vécue du fait d'être corps: il sait qu'il est aussi le sujet actif ou passif des actes de son corps.

L'homme et la femme appartiennent au monde des personnes, monde de sujets radicalement distinct du monde des animaux ou des choses: la personne de l'autre est le seul être visible qui soit, comme lui, un sujet. Les attitudes dictées par la convoitise lèsent donc gravement ses droits à être reconnue et traitée comme sujet personnel, et cela tout particulièrement dans la relation sexuelle, où la forme du don de soi à l'autre rend d'autant plus vulnérable que l'on se dévoile devant lui.

 

Ici, on peut comprendre la profondeur de l'appel à la tendresse de la personne dans la relation amoureuse, appel qui s'exprime dans ses refus, dans sa pudeur devant le regard trouble posé sur elle, dans sa révolte ou sa haine lorsqu'elle se sent asservie. Dans l'attirance sexuelle proprement dite, note Jean Vanier, sous-jacente à la pulsion sexuelle, il y a ce cri du corps qui veut être aimé, touché avec tendresse par un autre

Ce cri du corps est un cri de la personne: alors que le regard de convoitise s'arrête sur le corps et, ce faisant, chosifie l'être et le blesse profondément, le regard de tendresse s'adresse à la personne tout entière, reconnaît sa beauté propre et la lui révèle.

Ce n'est pas un regard intéressé, et donc suspect, mais un regard amoureux, émerveillé, sous lequel l'être aimé se sent reconnu. Loin d'être seulement la spontanéité des débuts de l'amour, ou la gratitude sexuelle pour le plaisir reçu, la tendresse, qui jaillit de l'affectivité, est aussi une authentique attitude personnelle. Elle est une réponse active à la valeur de l'autre, et suppose, en tant que telle, une certaine fermeté: celle que donne la maîtrise de soi, ce dépassement de soi vécu par amour de l'autre. Maîtrise de soi de l'homme pour être à l'écoute des attentes de sa femme, maîtrise de soi de la femme pour quitter sa passivité, accepter de se dire et de montrer tendresse et amour à son mari: la tendresse ainsi comprise permet de vivre la relation sexuelle comme une véritable relation interpersonnelle.

Morceaux choisis d'un article de D. Balmelle,
ancienne conseillère conjugale à l'AFCCC,
dans la revue

Reproduit avec l'autorisation de l'auteur...

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